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Propos recueillis par A. M., Docteur en Anthropologie, le 22-07-01
André : Et pour toi David, l'éveil, ça s'est passé
comment ?
David : La conjugaison d'une myriade d'expériences
spirituelles personnelles, intimes, m'ont peu à peu conduit à une lecture
transparente du monde. J'étais alors considéré par mes pairs, comme un être
libre mais cet état, empreint d'une certaine félicité permanente, n'était
néanmoins toujours pas l'éveil.
Cette lumineuse lecture du réel s'est habillée de différentes terminologies
selon les époques ou traditions : Samadhi, illumination, béatitude, mais
toutes ont en commun la découverte révélée du « geste des gestes » de
conscience. Ce geste suprême, primordial (dans le sens reflet du Un avant la
première dualité) considère la multiplicité des perceptions intuitives du réel.
Il ne s'agit pas d'entendre seulement la découverte des aspects les plus fins du
monde qui nous entoure par les cinq sens dont nous disposons ; c'est aussi une
entrée en relation totale et non séparée avec tout ce qui est.
Ce processus conscient, permanent et intelligible s'est actualisé au coeur de la
nuit profonde.
Je suis passé du chercheur perdu à l'explorateur émerveillé dans
une qualité de référence et de présence à jamais égalée.
Avant, le miroir était brisé et chaque morceau reflétait une partie incomplète,
« du tout entier ». Après, tous ces fractionnements se sont unifiés. Le Principe
Universel de la métamorphose était alors incarné dans une âme individuelle.
« Je suis la chenille et le papillon »
Cet état de grâce ultime ne m'a pas été asséné par surprise.
Il s'est plutôt infiltré inexorablement en moi au fil de mes années
d'exploration pour me submerger soudain. Je peux dès lors mieux sentir
l'extraordinaire paradoxe de Dieu, Un et multiple à la fois. Je peux également
vivre au coeur de mes cellules la présence de cette lumineuse intemporalité qui
relativise en permanence la multiplicité apparente du monde.
Ce geste des gestes m'a entraîné au coeur de la partie plus profonde de mon
être. Sans comprendre le mystère de la vie, je suis alors entré en résonance
avec lui, devenant à mon tour, mystère vivant, vivant ! Car l'éveil à cette
conscience (ou à ce « corps intemporel et insituable ») a radicalement changé
mon point de référence subjectif. Des transformations de type « spirituelles »
sont intervenues.
Pour simplifier et rendre accessible mon propos, nous allons prendre comme
exemple le développement de notre processus d'apprentissage, qui utilise des
symboles comme intermédiaires pour nous comprendre et inter-agir avec le monde.
Lors du processus d'apprentissage de notre langue, les sons (l'alphabet)
assemblés d'une certaine façon, sont devenus des mots-choses. Exemple : P O M M
E .
Ce sont des signes sonores abstraits (longueur d'onde) qui représentent une
forme de réalité convenue.
"Pomme". Le son pomme, n'est pas à confondre avec une
vraie pomme. Le symbole son n'est pas la chose. Pouvons-nous goûter le son ?, le
toucher ? Le son n'est pas la chose concrète. L'addition des sons, par la pensée
mentale, n'est pas la chose. Pour écrire et lire, nous utilisons des signes
symboles : a b c d... ou pomme.
Pour nous comprendre et interagir avec l'univers qui nous entoure, nous avons
inventé des symboles, "unités de mesure " pour comparer l'espace en km, mètre,
etc. et des unités de temps, les heures, les minutes, etc. pour mesurer la
temporalité, ainsi que le mouvement. Ces symboles conceptuels convenus par tous
servent à communiquer entre nous. Ils sont le ciment de nos relations et les
garants de notre interprétation du monde.
Au niveau de la conscience pure, il existe aussi des symboles purs qui sont les
garants de la connaissance pure, particules élémentaires vues seulement par les
yeux de l'âme, poésie pure que seuls ces éléments d'origine spirituelle peuvent
écrire. Ils écrivent l'existence pure, « mon essence spirituelle et universelle.
»
Pour que ces symboles puissent s'offrir à la connaissance pure, ils doivent
devenir « lisibles » par les yeux de mon âme, scintillements premiers reflétant
la métamorphose des qualités sensibles en créatures sensibles, qualités vivantes
écrivant l'inexprimable, l'insaisissable d'avant les langues humaines.
Ces « êtres-qualités spirituelles » primordiaux ont aussi un visage et un
langage. (transfiguration)
Quelle beauté sublime ! Alphabet et visages purs de notre origine sacrée.
Énergie originelle, naissance antérieure à la mort, intelligence de la vie
écrivant sa partition, signes vivants de l'alliance Créateur-créature (cf Moïse
et les tables de la Loi).
C'est un alphabet secret et sacré composé de signes symboliques primordiaux,
écrivant le sens conscience au coeur de la connaissance pure.
Ainsi,"le Verbe se fait chair."
La connaissance pure est cette intelligence intuitive se reconnaissant au coeur
de mon âme individuelle, connaissance fluide, observatrice et immobile, unissant
le point d'équilibre à son mystère, instant précieux contenant l'éternel sans
frontière.
C'est dans cet intervalle conscient que la semence de la naissance éternelle est
déposée.
Alors, naissant au monde naissant, je suis conscience avant de penser et toute
chose est ma substance.
Je suis cette qualité insaisissable de silence dans
l'étonnement d'être vivant, « moi personnellement impersonnel ». C'est dans
cette qualité entre deux pensées que le silence «pollènise» « l'étonnement de
vivre », jaillissement de l'instant présent naissant ici et maintenant. Ici
se trouve inscrite mon existence, genèse de toutes les espèces.
Ici, il n'y a pas de questionnement, il y a de l'existence : « je suis cela ».
C'est le processus d'être conscient des merveilles de l'être, en vivant au coeur
de la métamorphose.
En tant que relais, « je suis un et multiple à la première personne ».
Animé par la vibration de l'univers " je suis cela et je
ne suis pas cela en même temps ", je suis antérieur aux concepts, aux croyances
et, par cette incarnation, je continue le processus d'apprentissage de cette
pédagogie inouïe... »
Je m'étais oublié, alors j'ai inventé "l'apprenti-sage" et
le rire,
pour me reconnaître et m'aimer.
Tout est en évolution, rien n'est pas définitivement figé.
André : Mais alors pourquoi faire quelque chose
puisque tout se fait ?
Ce n'est pas parce que cette grâce est un mystère impensable,
qu'il faut rester prisonnier de cette limite.
Dépasser l'inertie mentale du processus de l'erreur qui répète ses limites, est
le grand défi de l'adaptation. Suivre consciemment le courant, l'évolution, est
le chemin sacré qui conduit au coeur de la libération. Trouver cette stratégie
d'équilibre cachée dans le mystère, demande du courage et une grande honnêteté.
Lorsque s'éveille en nous cette impulsion simple qui participe à l'équilibre du
tout, une sincérité mystérieuse s'installe précieusement au fond de vous. C'est
la naissance de l'esprit de la découverte. Se ressentir modeste, fragile et
assoiffé de grâce, est une formidable force guidée par une délicatesse joyeuse.
Oser explorer les limites de son territoire et dépasser ses peurs pour s'en
affranchir, plutôt que de construire des forteresses mentales pour se donner
l'illusion d'agir, est une activité consciente de la grâce. L'espoir que la
grâce va descendre du ciel, comme un parachutage de nourriture, alimente le rêve
du mendiant...
L'activité de la pensée mentale n'est pas à confondre avec le voeu de notre âme
et le sens de notre destinée humaine.
Tout est amour et source de mouvement dans l'univers.
Toute source offre la
fraîcheur et la compassion active à celui qui sait s'agenouiller et en apprécier
l'émerveillement.
Lors de l'éveil, j'ai pu contempler le sublime et le caché de toute chose,
télescopage prodigieux où le passé et le futur sont les deux bras du Créateur
protégeant sa Créature, ici et « main-tenant ».
Notre humanité est jeune et naissante. Nous sommes à l'âge de pierre dans la
découverte de ce mystère impensable qui illumine le coeur nos âmes. Il est
primordial de s'éclairer à la lumière du soleil qui donne naissance à la
naissance et au soleil.
Chaque être humain est cette sentinelle et étincelle de la grâce.
La
connaissance de soi, doit être une démarche active vers la découverte de cet
infini qui nous habite. Cette vigilance doit rester dynamique, entière et
naissante ; elle doit veiller, veillant, comme la mère veille sur son Enfant.
Veiller n'est pas penser,
veiller, c'est être
"Cet instant est votre seule vie, nul n'est absent "
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