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De ses 2389 m, le sommet du Monte d’Oro «
étincelait la fenêtre » de ma chambre malgré la nuit… je songeais avec nostalgie
à l’éveil, à cet inaccessible sommet de « la plus haute conscience d’Etre »…
Depuis ma tendre enfance, j’étais aimanté par le « religieux » ; j’y consacrais
tant d’attention ! Mais ce soir-là, j’étais tranquille…, je contemplais la
puissance et le mystère de la voûte céleste, je me sentais vulnérable mais amusé
par l’obstination de ma quête. Comme tous les soirs, je remerciais la vie, mon
existence et la création tout entière. Puis, plongeant comme à l’accoutumée dans
les profondeurs de mon intimité, je me suis endormi dans une qualité de présence
mystérieuse témoignant d’insondables et inouïes beautés célestes. J’étais
spectateur du spectacle de mon esprit, étoiles filantes, lunes, soleils,
galaxies se donnaient en spectacle puis… sans que je fasse le moindre effort…,
mystérieusement, la vie m’a pris dans ses bras, d’une étreinte fervente,
affectueuse, intime et pacifiante. Depuis, enlacés l’un à l’autre, cette union
n’a jamais cessé.
Cela faisait trente ans que j’étais sur le chemin.
Chacune des “expériences de
conscience” qui m’était donnée de vivre me faisait “monter au ciel” mais
quelques jours après, c’était “l’enfer”... je n’avais pas le mode d’emploi pour
redescendre… et le retour au quotidien était difficile. Pendant quinze ans, j’ai
été l’élève d’une tradition indienne, je reconnaissais mes expériences
intérieures en lisant les Vedas. Je “méditais” trois heures par jour... J’étais
déterminé, passionné, ardant et sincère dans ma recherche mais il n’y avait pas
de contact, de vérification, de friction, de validation, d’encouragements avec
un Maître que je pouvais consulter simplement. Ce jeu des montagnes russes
m’obligeait, me structurait, s‘incarnait dans ma chair et densifiait ma présence
; mais à cette époque, je ne le savais pas. J’ai du explorer toutes les impasses
de la naïveté spirituelle et des croyances aux pouvoirs extériorisés.
Les trois dernières années, les “initiations diurnes et nocturnes” se
succédaient à un rythme soutenu sans que cela fasse la moindre vague au niveau
de ma “personnalité journalière” : pourtant les épreuves du quotidien
n'épargnaient pas ma situation professionnelle, sociale et financière. Les défis
de la perte et du détachement allaient bon train... C’est alors que j’ai eu la
surprise de découvrir qu’il y avait des Sages en Occident.
J’ai donc côtoyé :
Yvan Amar, Stephen Jourdain et Jean Klein.
Les rencontres avec ces phares m’ont éclairé, permis un dialogue parfois
décapant mais toujours authentique ; tout devenait lumineux, évident...
J’intégrais des qualités lumineuses du diamant, mais « je » n’étais pas pur, ni
transparent... l’éveil était toujours un concept. Puis vint cette nuit chez un
Ami très précieux.... (Je précise que le monte d’Oro est en Corse)
"Je suis devenu le mystère, conscience au cœur du
pur diamant de mon esprit, présence telle que l’on ne peut ni la perdre, ni s’en
absenter, ni douter, ni s’illusionner ”.
Dans ce big bang de mon esprit, je me
suis senti aimé infiniment, depuis toujours, témoin innocent du dévoilement du
secret de l’éveil. Tout était dénoué, réconcilié, apaisé, simplifié, immaculé.
Je suis la continuité consciente des expériences naturelles de la veille, du
rêve et du sommeil profond."
"Je suis conscience pure, pure présence sans pensée, je suis infiniment cela,
omniprésent éternel et, en même temps, je ne suis pas cela … sublime présence
qui ne laisse pas de trace ; elle se renouvelle totalement, incluant le passé,
le présent, le futur, dans la totalité de sa gloire, maintenant. Maintenant
renouvelé et renaissant, maintenant effacé et présent, maintenant, maintenant,
maintenant … »
La splendeur et la beauté de cet instant englobent ma présence d’une
aurore diaphane, des milliers de lever et de coucher de soleil ne seraient que
pâle parure devant la splendeur et la magnificence de cet embrasement. Au centre
de mon être coule discrètement le mouvement du retour des océans vers la
source…, les nectars et les parfums s’exhalent et se fleurent du printemps de
l’Eden juste ensemencé par le geste créateur… Je me sens béni et baptisé par
l’esprit du silence qui parle de l’origine de toutes les langues humaines… ; je
suis le temple et la lumineuse clarté qui ensoleillent l’univers et les
galaxies... ; je suis l’architecture et la chorégraphie ; je vois le geste
sublime du sculpteur qui modèle, cisèle et incruste de pierres précieuses chaque
particule de sa création… je rends grâce…. et ma joie pleure...
A ce moment, j’éprouve une douce et glorieuse gratitude envers la tradition de
tous les maîtres qui ont initié ce chemin de la plus haute vigilance.
L’évidence de l’éveil, que j’avais tant espéré, prenait enfin racine dans mon
esprit émerveillé baignant dans la grâce d’être baptisé par les mains divines.
La conséquence immédiate a été de me laver de toutes mes illusions et croyances
pour accéder à la valeur la plus intime de notre humanité.
Je me suis expérimenté comme l’Hologramme du mystère, unifiant le microcosme au
macrocosme, les oppositions, la diversité, l’indifférencié, l’intérieur et
l’extérieur. Je suis ici et maintenant, tout cela simultanément, conscience
individuelle, universelle et indifférenciée.
Toute la valeur de “je sais, je ne sais pas”, que j’ai expérimenté au début de
ma quête spirituelle prend alors tout son sens. Vivre “je ne sais pas” étant le mystère, ne rend pas ignorant ni niais, mais
donne l’omniscience intérieure et déconditionne radicalement la personnalité
connue, la personnalité duelle, identifiée à un rôle personnel.
Assister à ce sublime jaillissement de la source de notre origine offre aussi la
vision du « tout ici - tout en soi », auto connaissance sublime, intelligible,
ludique et innocente des lois de la nature et des lois de l’âme humaine. Cela
apporte une joie ineffaçable et un sentiment de paix cosmique qui révèlent la
nature divine de toute chose.
Au cœur de mon individualité, le mécanisme du « magicien-ego » est vu,
l’illusion a perdu son pouvoir de fascination, elle ne surimpose plus un objet
mental dans mon esprit immaculé.
La métamorphose initiée, l’esprit devient immédiatement le témoin et le
serviteur du Mystère Vivant, s’écrivant maintenant de toute éternité.
Ici s’actualise et se découvre l’élève. Le mystère de la pédagogie de la joie
devient progressivement visible. Son mode d’emploi se révèle et s’actualise
chemin faisant. Pour illustrer mon propos, souvenez-vous d’un film de Spielberg
où Indiana Jones doit traverser un précipice pour trouver l’arche d’Alliance. Il
doit enjamber le vide et faire confiance à son intuition. Au moment où il pose
le pied dans le vide, le pont apparaît sous ses pas. C’est de cette façon que je
réapprends à fonctionner dans un nouveau rapport au réel et à témoigner que vous
êtes tous libres, en paix, et que vous êtes tous aimés infiniment.
Vivre la joie d’être le paradoxe “je suis cela, je sais et je ne sais pas » en
même temps, est une prise de risque ludique qui donne tout le parfum et la
saveur à l’esprit de la découverte, montrant tout le potentiel de créativité et
d’intelligence dont l’être humain est capable. La création a une confiance
inébranlable envers sa créature.
Oui, l’éveil fait table rase de toute identification à un ego spirituel en
manque d’admiration. L’éveil offre tout, mais ne donne aucun pouvoir extérieur.
Il donne la pédagogie du mouvement du retour à toutes choses, passage amoureux
si intime et si infime qu’aucune extériorité ne peut s’y faufiler. Finie la
frénésie de la recherche et du chercheur perdu, le monde présent glorieux et
sacré devient le terrain de jeu de l’explorateur ravi.
Toutes les innombrables expériences d’unité vécues pendant la journée ainsi
qu’au cœur des rêves lucides trouvent enfin un sens et la continuité
pédagogique, comme un fil qui relie les perles d’un collier. Ce fil si fin et
discret est le support des différents états de conscience. Ce fil est
constamment présent dans tous les phénomènes du monde des apparences. Il est la
conscience naturelle donnée à chacun même si le sujet l’ignore. Ce fil porte le
principe de l’apparition, du maintien et de la disparition du monde phénoménal.
Tout cela, en même temps, simultanément, dans chaque être ou chose.
Dans le champ individuel, l’éveil donne la clef de la vérité, du réel et du
glorieux instant terrestre.

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