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Et si nous réunissions ces deux
chemins qui paraissent s’opposer par le biais de la "voie unitive" ?
La voie directe
Dans la voie directe, il y a une notion de
radicale immédiateté ; sans hiérarchie, ni de préparation...
La loi des causes et les effets devient caduque. Cela n’appartient pas à la
raison discursive.
Cette implosion du penseur et de sa pensée, donne une origine et une
connaissance première qui maintient simultanément l’ensemble de la création et
se retire de sa forme créée.
Naissance, vie et mort en même temps : accouchement, vie et résurrection
immédiate.
C’est un Sublime éclair de conscience où tous les concepts philosophiques et
pédagogiques explosent dans un joyeux feu d’artifice. (rires)
(Stephen Jourdain pourrait représenter la voie directe)
Question : Le mot qui me vient c’est : fulgurance
immédiate.
David : Oui, jaillissement nouveau né comme un mouvement, un courant
ininterrompu de la vérité incorruptible, pédagogie de la conscience sublime et
absolue, intelligence de toutes les intelligences…
Prenons l’analogie de la source, de la rivière et de l’océan.
Une source qui coule n’est pas seulement de l’eau, elle est le mouvement de
l’eau… n’est ce pas ?
Une rivière n’est pas seulement de l’eau, elle est l’expansion du mouvement de
la source, n’est-ce pas ?
L’Océan n’est pas seulement de l’eau, il est le mouvement de la source, de la
rivière et sa propre respiration, n’est-ce pas ?
Dans la voie directe nous réalisons, qu’à
tout moment, nous sommes l‘eau, le mouvement, la source, la rivière et l’océan,
nous sommes partout, simultanément.
La voie progressive
Question : La voie progressive
s’oppose-t-elle à la voie directe ? Est-elle mentale ?
Dans la voie progressive dirigée par les processus automatiques mentaux de la
survie, nous sommes de l’eau qui progresse vers l’océan, la jonction
avec le mouvement du jaillissement de la source n’est pas reconnu, nous
voguons avec espoir vers « l’éveil » comme un parfum sublime et merveilleux déjà
respiré… , mais le voyage est flou, imprécis, parsemé d’embûches car nous allons
vers un but, un résultat, une trouvaille, un trésor, le graal, vers un «pas
ici et pas maintenant», nous percevons que ce n’est pas accessible , «maintenant,
où je suis, comme je suis...»
Nous avons bien des expériences d’unité avec le mouvement de l’eau mais cela se
limite à quelques tourbillons car notre pensée n’explore que la surface des
choses, elle a une vision fragmentée et arrêtée de l’eau.
La pensée observe une photo de l’eau, elle ne fait pas l’expérience de
la nature de l’eau.
Cependant la voie progressive intégrée donne aussi les mêmes fulgurances que la
voie directe à condition de sortir des limites de sa barque mentale et de
plonger la main dans l’eau en acceptant progressivement de désapprendre la
sécurité de la barque et d’apprendre à nager en découvrant une voie d’eau connue
et un maître nageur portant témoignage de son enseignement dans son quotidien,
une voie ne s’oppose pas à l’autre, seul les élèves en font des différences et
des oppositions… (rires)
(Jean klein pourrait représenter la voie progressive)
Question : Il est courant d’entendre des arguments : «
Il n'y a rien de particulier à faire pour être ce que nous sommes… Tout effort
est une projection de l'esprit qui se tend en vue d'acquérir quelque chose… La
Réalité ne peut être objet de quête ou de méditation… »
David : Pratiquement un enfant apprend à marcher : devons-nous lui dire qu’il
n’y a rien à faire ?
Pour acquérir l’autonomie de la marche et la liberté de se déplacer, il doit
progresser dans l’apprentissage de l’équilibre, la connaissance des obstacles
ainsi que les limites de son corps. Cet enfant apprend à apprendre en permanence
dans l’esprit de la découverte, c’est l’élan et l’intuition de la première fois,
apprendre se fait « chemin faisant, joyeusement » sans jugements négatifs et
sans la crainte de l’action en cours.
La voie unitive
L’intégration de ces deux voies se fait, un pas
dans le connu, l’autre dans l’inconnu,
dans un ici et maintenant continu conscient et pédagogique, c’est la notion de «
pendant que cela se passe… »
Dans la voie unitive, l’attention n’est pas orientée vers la différence des
voies mais sur l’expertise du pédagogue et l’intégration chemin faisant de l’ «
apprenant »…
Comment les propos donnés vont-ils être entendus par « l’autre » ?
Est-il dans la maturité psychologique et spirituelle ?
Celui qui transmet est-il pédagogue et lucide de la nature des croyances, des
obstacles, des peurs, des doutes, des résistances ou des affirmations, est-il un
expert de l’ignorance… (rires) et est-il éclairé par la lumière de la clarté
spirituelle ?!
L’élève, est-il le ravi de la crèche de Noël, le blasé des arcanes
spirituelles ou voit-il les concepts contraires comme un espace où il se passe
quelque chose de nouveau et d’inattendu ?
Si ce n’est pas le cas, c'est le processus d'idéation qui devient alors
l'obstacle à la reconnaissance de ce qu’il Est. C'est la mise en place
de l'idée, de la pensée, de la généralité en oubliant l'activité du pensant dans
la pensée. Les pensées « objet-savoirs » seront alors amalgamées par notre
raison - "c'est le destin, la fatalité ou le karma" - comme une soumission
inconsciente de la victime à ne rien entreprendre pour sortir de ses réflexes
comportementaux, émotionnels et intellectuels.
Des phrases toutes mâchées - "Faire quelque chose
nous éloigne de la vérité", "Tout se
fait tout seul", "Il n'y a rien faire",
"Tout est déjà là" - seront servies
comme des pensées réchauffées et entretiendront la paresse.
Soyons lucides de ne pas reprendre ces différents "koans"
sur l'inaction d'une façon généraliste, comme des perroquets, en restant
prisonnier de la logique de la dualité.
Bien sûr, l’instructeur averti offre « ces grandes phrases » à celui qui peut
les faire grandir dans son cœur comme des graines fécondes car, de son point de
vue d’humain illuminé, effectivement, il n'y a rien à faire, puisque l'humain
n'est plus l'agissant à titre personnel, il est "'agi et vécu". C’est
l’intelligence universelle qui se parle dans son intelligence personnelle, il
est la voie sans voix où toutes les voies sont Une et complémentaires.
Question : Alors les deux voies sont complémentaires ?
David : Oui, dire que seule la voie directe est bonne et que la voie indirecte
ne l’est pas ou vice et versa n’est qu’une approximation de la vérité. C’est
comme vouloir dire qu’il vaut mieux privilégier l’oreille droite plutôt que la
gauche pour entendre. Nous sommes bien au cœur d’une coïncidence qui nous permet
d’accepter que ce jaillissement premier de la voie directe s’accomplisse tout le
temps dans la voie progressive; il existe bien un point A et un point B, mais on
ne va pas mesurer la distance entre A et B, on va constater qu’entre les deux,
il y a toujours une continuité de la voie directe. C’est ce que j’appelle la
voie unitive.
- Dans cette troisième voie, nous acceptons qu’il y ait un avant et un après
puisqu’il y a un « pendant » qui est le temps de la prise de conscience, c’est
un déplacement qui réunit A à B.
Pour celui qui a vécu la conscience directe, l’expérience dans la voie
progressive, c’est le temps de l’intégration, « le ici et maintenant non
objectivé, c’est le temps du « pendant » qui est le temps « où cela se fait ». C’est
le temps béni des jours et des années, le temps béni de notre vie.
Nous assistons à la sainte évolution, au renouvellement de la vie et des objets,
à la transformation de notre propre personnalité, de notre propre conscience qui
se régénère dans des qualités de plus en plus subtiles et de plus en plus fines.
Et à ce moment-là, le mouvement de notre conscience devient le mouvement
du temps relatif. Il comprend et se réjouit dans l’instantanéité d’assister à
l’accouchement de la conscience universelle dans une âme individuelle comme dans
le tout créé.
C’est une expérience vivante, dès lors que nous ne doutons pas ; nous ne pouvons
pas être en retard ou en avance, nous ne pouvons pas non plus échouer ou
réussir. Nous devenons le mouvement de cette eau sacrée et ou bénie , le
mouvement qui se connecte à l’eau de Vie. Nous devenons le Graal, le lieu, le
contenant de l’éternité dans les limites. Le piège serait, après avoir été le
témoin et l’incarnation de ce mouvement de la vérité, d’en faire quelque chose,
un dogme, un éveillé… (rires) ou d’en faire des techniques spirituelles
uniquement répétitives, alors que le secret, c’est d’avoir un pied dans
« je suis » et un pied dans « je ne suis pas », un pied dans « je sais » et
l’autre en « je ne sais pas » dans la conscience du « pendant » pour que cela
devienne intelligible.
Il faut bien qu’il y ait une conscience pour avoir un souvenir saint, autrement
nous serions fous ou schizophrènes !
Question : Oui, comme dans un état de suspension. Cela
voudrait dire justement, que c’est parce que l’on accepte de rester suspendu
dans cet inconnu que le mouvement peut continuer sinon tout se fige ?
David : Oui, c’est la rencontre avec tous les êtres et toutes les choses en
étant au milieu des êtres et des choses. C’est plus précis que de rester entre
les deux. Cela signifie qu’à tout moment, nous vivons ensemble mais en
terme d’innocence, de connaissance, d’intelligence, de finesse, de fluidité dans
un élan du cœur renouvelé. Nous sommes dans le miracle permanent.
Par exemple, l’enseignement d’Yvan Amar pourrait représenter la voie unitive
Résumons : Chaque être humain est déjà éveillé mais il n’en profite pas
parce qu’il ne le sait pas, il n’a pas le retour de sa conscience qui
peut faire l’expérience ce qu’elle Est. Il somnole dans sa barque mentale
espérant plonger dans l’eau.
Dans la voie directe : Il y a une
transmission instantanée et simultanée de l’ensemble du processus et de
l’ensemble des procédures qui permettent à notre conscience de se rendre compte
des qualités subtiles et divines de ce qu’elle est primordialement. Nous sommes
le mouvement de l’eau.
Dans la voie progressive : A tout
moment, il est possible de grandir comme un enfant qui apprend à marcher en
apprenant à apprendre à être soi dans la relation avec le réel donné tel qu’il
est, agréable ou désagréable en relation avec toutes les choses notamment avec
les humains. Nous plongeons dans le mouvement de l’eau chemin faisant…
Dans la voie unitive : Nous sommes
l’eau, le mouvement et la barque, c’est à dire la voie directe qui se renouvelle
chemin faisant. Dans ce processus, tout sera le prétexte à une nouvelle
pédagogie spontanée qui va « apparaître » plutôt que « se transmettre. »Toute
activité vient de l’intelligence des trois qualités réunies, et la découverte de
soi en relation avec le réel, se fait chemin faisant, « pendant », découvrant le
mystère dans l’esprit de la première fois, assistant à la résurrection du monde
car ressusciter ne veut pas dire réanimer des morts mais bien voir ce qui
apparaît de nouveau (rires)
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